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Encourager le plaisir de lire

C’est comme une mission qu’on s’est donnée depuis que cet enfant est tout petit, lui insuffler le plaisir de lire, de se laisser aller dans une multitude d’univers. Cette image rêvée d’un enfant calme dans le canapé, dans son monde, dans sa lecture, pendant qu’une tarte aux pommes dore dans le four, l’odeur embaume toute la maison, il neige un peu, le feu crépite dans la cheminée… Bon je digresse. Alors du coup, il en mange du bouquin. Et une histoire pour s’endormir (ou deux ou trois ou quatre…) et une activité bibliothèque chaque week-end, et un atelier avec la gentille conteuse, et des petites étagères mignonnes comme sur Pinterest. Je le sais, je l’ai fait.

Ca ne fonctionne pas forcément. Aujourd’hui ado de 18 ans, il ouvrira un jour un roman de son plein gré. (« Jamais de la vie » dit-il en lisant derrière mon épaule) Pour l’instant, ses lectures sont uniquement fonctionnelles et relationnelles : ses cours, les commentaires sur les réseaux, les conversations. Mais il lit sans hésiter ni se sentir limité par une aversion.

Et donc petite prise de conscience, retour sur expérience (ou sur non-expérience du coup) avec ma double casquette de maman et de logopède. 

Comment encourager le plaisir de lire? 

D’abord on s’enlève cette pression, on se coupe de cette image de l’enfant parfait comme sur les photos des beige moms sur insta. Tous les enfants sont parfaits, même ceux qui ne lisent pas avec plaisir. Fin de l’article. 

Bon, mettons qu’on le voit galérer et qu’on aimerait lui montrer que c’est pas ça la lecture, c’est pas galérer pour finir avant dimanche soir le bouquin pour l’école. 

On démystifie la lecture et le format. 

Non, un roman sur lequel on sera interrogé, ce n’est pas censé être une lecture agréable. Ce n’est pas représentatif de ce qu’une lecture peut apporter. C’est normal de trouver difficile de se créer des images mentales, de retenir les personnages, les lieux. C’est normal de préférer quand il y a des images.

Un livre s’aime sans condition. Sans devoir tout comprendre, tout relater. 

Alors on sort les bd, les mangas, les magazines spécialisés. 

Ca change quoi ?
Si on associe le texte à l’image, on allège la charge cognitive, on permet une meilleure compréhension du contenu inférentiel (tout ce qui n’est pas explicite comme par exemple savoir qui parle quand on lit une conversation) et en même temps, on entraîne la compréhension à la lecture. 

Attention attention, choisissez ensemble car l’écriture des bd est parfois peu lisible ou s’éloigne de ce qu’il est habitué à lire. Les mangas quant à eux se lisent parfois de droite à gauche, rien de très compliqué mais ça demande un moment d’adaptation. 

J’aime beaucoup Mortelle Adèle et Ariol. 

On pratique la lecture partagée.

On instaure un système en binôme, un travail d’équipe, chacun une page, chacun un paragraphe, chacun un personnage, chacun une phrase… on fait les voix, on mime les personnages, on utilise des figurines.

Ca change quoi?
En plus de transformer la lecture en un moment de complicité, ça permet à l’enfant de souffler un peu et de revenir sur le sens qu’il avait peut-être perdu en chemin. 

La collection « tu lis, je lis » chez Bayard est parfaite, les textes sont de couleurs et de difficultés différentes pour l’adulte et pour l’enfant, le personnage qui parle est représenté dans la marge.

On utilise des livres-jeux.

On tourne les pages par ci, par là, on renverse le livre, on tapote dessus, on plie des pages, on souffle dessus, on résout des énigmes, on cherche la sortie…

Ca change quoi?
Ca casse l’image du livre dont il faut absolument prendre soin. 

Les pages cornées font des livres heureux. 

L’enfant est acteur, le livre est un terrain de jeu. On active différents modes de cognition, la flexibilité, la prise de risques (si je choisis cette option, que se passe t’il?), la mémorisation (j’ai déjà essayé cette option, j’en essaie une autre), et tout ça c’est du plaisir et de l’apprentissage. 

Avec mon jeune public, j’utilise régulièrement « Wahiohio Quel est ce cri bizarre ? ». Deux enfants se promènent dans la jungle à la recherche de ce qui a crié. Deux choix s’offrent à la sortie de chaque page, soit le choix de la sécurité pour l’un des enfants, soit celui de l’aventure pour l’autre. Selon le choix, on suit les onglets au bord des pages, on se promène dans le livre et en faisant les bons choix, on trouve la solution. 

La collection « Un livre dont vous êtes le héros » n’est plus à présenter, elle rend les livres interactifs depuis les années 80, dans une thématique généralement issue du monde fantastique et horrifique. Différents éditeurs empruntent le concept et le proposent à différentes tranches d’âges.

Avec les plus petits, ma référence est Hervé Tullet, voir ci-dessous. Je pense aussi aux « cherche et trouve », aux livres avec des fenêtres (Lisez « Le roi est occupé », tout ce qu’a fait Mario Ramos est une pépite), avec des miroirs, des accordéons, des zones tactiles, des livres sonores… 

On se laisse le droit d’abandonner un livre. 

Ce n’est pas grave, promis. 

La lecture ne doit pas être une performance ni une obligation, c’est un espace de liberté, d’émerveillement et d’émotions, c’est l’expérience qui s’adapte au lecteur.

Article précédent : Similo des monstres (avec adaptations logo)